LA DANSE DANS NOS EGLISES

 


                                                                                                                               Goma, 13/06/2026

                                    LA DANSE DANS NOS EGLISES 

                                   Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.

« Je célébrerai mon Dieu tant que j’existerai » (Ps.104.33)

 

Mes chers frères,

L’apôtre Paul dit aux Philippiens : « Ce que vous avez appris, reçu, entendu et vu en moi, mettez-le en pratique, et le Dieu de paix sera avec nous » (Philippiens 4, 9).

C’est avec tristesse que nous avons appris que récemment, dans certains lieux saints, églises, des innovations incompatibles avec l’esprit du culte orthodoxe se sont progressivement introduites. Plus précisément, une manière de prier, voire d’approcher les fidèles, est apparue de nos jours – disons-le – jusqu’ici inconnue des Églises orthodoxes traditionnelles. Nous avons vu des fidèles – c’est-à-dire des croyants – danser dans les églises pendant la Divine Liturgie ! Certes, les intentions peuvent être louables (par exemple, rassembler les fidèles dans nos églises). Mais sur quoi se fondent les frères qui ont adopté cette pratique ? Quels sont leurs critères spirituels ? Plus simplement, « où ont-ils trouvé cela ? » Il s’agit assurément d’une situation inédite, totalement étrangère à la spiritualité orthodoxe, en dehors de l’esprit de l’Église, où le Dieu de « paix » se révèle à nous « non comme un vent violent, mais comme une douce brise, un souffle léger » (1 Rois 19, 11-12). Ici, la Sainte Écriture nous raconte comment Dieu s’est révélé au prophète Élie, non par des mouvements spectaculaires (danses, tambours, instruments) ni par des actions destructrices (tempête, tremblement de terre, incendie, calamités). Non par ces manifestations impressionnantes… mais « comme un vent léger ». Et sa voix qui nous appelle est douce, subtile, à peine audible. C’est une voix qu’il faut percevoir en ouvrant les yeux et les oreilles de son âme. C’est ainsi que la présence divine se manifeste, discrètement, silencieusement. Et elle est plus justement symbolisée par une brise légère et douce que par un bruit mondain, un fracas.

Cet enseignement de Dieu lui-même, concernant son identité, dans l'Ancien Testament, où primait le psaume « Louez-le avec des cymbales retentissantes ! Louez-le avec des cymbales triomphantes ! » (Ps. 150), trouve toute sa signification et vise à démontrer que la présence de Dieu, ainsi que les manifestations de notre foi en lui, ne sont pas liées à l'intensité, à l'imposition, aux « tapages religieux » de toutes sortes qui captivent tant l'attention de l'homme moderne. Mais l'Épiphanie-Théophanie et notre foi opèrent dans le secret, c'est-à-dire dans l'espace de la tranquillité, de l'amour et d'une relation personnelle, intérieure et saine avec le Christ.

Ni le jour de la Pentecôte, ni à d'autres moments du ministère des Apôtres, ni dans la vie des croyants ordinaires – dans l'Église primitive –, nous ne voyons pas le phénomène de la danse dans le culte. Bien que le Christ lui-même utilise abondamment les psaumes dans sa prière et son enseignement, nous ne voyons nulle part qu'il ait introduit la danse dans le culte. La célébration de la Sainte Cène-Mystère de la Sainte Eucharistie, à savoir la Divine Liturgie par excellence célébrée par le Chrit-Grand Prêtre- le Jeudi Saint, se déroulait dans un climat de recueillement et de dévotion, comme nous le révèle une étude attentive des textes évangéliques pertinents. Matthieu 26,30 et Marc 14,26 rapportent qu'après la Sainte Cène, le Seigneur et les Apôtres louèrent Dieu, c'est-à-dire qu'ils chantèrent des hymnes, probablement les Psaumes 113 -118 ou 136. Cette description de la tradition de l'Église des Mystères Surnaturels nous permet de comprendre dans quelle atmosphère de dévotion et de prière la Divine Eucharistie doit être célébrée jusqu'à la fin des temps. Ensuite, le Christ se rendit au mont des Oliviers, plus précisément au jardin de Gethsémani avec ses disciples, non pour se reposer, mais pour y poursuivre, « tombant le visage contre terre » (Marc 14,35), en prière avant sa Passion, Son arrestation et  la Sainte Passion, la Crucifixion ainsi que la Résurrection qui s'ensuivront.

Notre œuvre missionnaire orthodoxe en Afrique consiste à perpétuer la tradition orthodoxe sans interférence ni ajout des éléments étrangers susceptibles d'en altérer le caractère, d'où qu'ils viennent. Ainsi, si un Africain assiste à la Divine Liturgie en Grèce, il verra le même rituel et donc le même Esprit planer sur les deux Autels, malgré la distance géographique et culturelle qui les sépare. De même, si un Grec se trouve en Afrique, il aura la même information. « Plusieurs Autels », un seul Christ, un seul Culte !

Nous désapprouvons l'introduction de danses, de tambours ou d'autres instruments de musique africains dans le culte orthodoxe, où les chants ont toujours été chantés exclusivement avec  voix naturelle et humaine. C'est là une des différences entre la tradition orthodoxe et de nombreuses autres confessions chrétiennes qui, découpées de l'enseignement patristique, font un usage intensif de la musique instrumentale qui, bien qu'elle suscite de fortes émotions, ne conduit pas sûrement à Dieu.

Et une autre chose : le signe de la croix est le meilleur résumé de la foi orthodoxe. Comme chacun le sait, nous faisons tous le signe de la croix de la même manière dans toutes les églises orthodoxes du monde. Et nous nous efforçons de faire en sorte que nos fidèles apprennent à bien faire leur signe de la croix, de la manière orthodoxe. Nous tenons à le faire correctement, exactement comme cela nous a été transmis. Un phénomène analogue se produit par rapport à  l'unité du culte orthodoxe : la liturgie, les saints Sacrements et les offices sont célébrés partout de la même manière orthodoxe, selon le même Typicon et toujours fidèlement selon la Tradition orthodoxe, universellement et diachroniquement acceptée. Après tout, c'est ce que signifie le terme « Tradition » en Dogmatique : « Ce qui est cru toujours, partout et en toutes circonstances », comme l'explique le Canon de Vincent de Lérins (Vᵉ siècle), qui définit la Sainte Tradition comme la vérité qui a été conservée sans interruption depuis l'époque des Apôtres jusqu'à nos jours.

Nous ne nous opposons pas à ce que nos frères d'Afrique entendent la Divine Liturgie dans leur propre langue. Nous ne souhaitons pas une uniformisation culturelle. Nous ne nous opposons pas aux danses et autres cérémonies ou coutumes traditionnelles reçues de nos ancêtres. Tout cela constitue un précieux héritage et patrimoine tant que cela ne nous éloigne pas de la vérité de l'Évangile. Le discernement  est nécessaire. Nous n'hésitons pas à dire qu'il est bon pour le prêtre orthodoxe d'assister – lorsqu'il y est invité, bien sûr – à de tels événements culturels. Il y trouvera peut-être l'occasion d’annoncer et de prêcher le Christ à des personnes qu’il ne pourrait pas rencontrer à l'église…

Cependant, ces événements et manifestations peuvent et doivent se dérouler dans un autre cadre (salle communale, salle des manifestations chrétiennes, etc.) et non dans l'espace liturgique, c'est-à-dire à l'intérieur de l'église et pendant la Messe ou autre Office liturgique.

En tant qu'enfant d'Afrique, moi-même, je sais qu'au plus profond de son être, l'âme africaine aspire à ce qui lui manque, à ce qui est différent de ce qu'elle a connu, à ce qui la rapproche du Christ et de la tradition apostolique. Et parce que la tradition de l'Église orthodoxe est « apostolique », elle doit être protégée à tout prix et  être toujours  respectée. L'Église n'est ni paléo-apostolique ni néo-apostolique, mais Apostolique. Dans la Dogmatique, nous disons : plus une tradition ecclésiastique est ancienne, plus elle doit être respectée par les membres de l'Église. Et cette tradition, dont nous parlons n'est pas seulement ecclésiastique, mais apostolique, elle date de l’époque des Saints Apôtres, nous devons donc l'observer sans faillir ; elle est une consignation, un précieux héritage !

Nous avons tous l'obligation de transmettre et de préserver fidèlement l'Orthodoxie, telle qu'elle nous a été transmise par les grands et bienheureux missionnaires : Saint Chrysostome Papasarantopoulos, le Grand Archimandrite Hariton Pneumatikakis, le Pere Cosmas Gregoriatis, l’Archevêque d’Afrique Centrale, Timotheos Kontomerkos, l’Archevêque de Pentapole, Ignatios Madenlides, et Mgr Nikiforos Mikragiannanitis, Archevêque de Kinshasa. Autrement, il me semble évident que les frères Africains auxquels nous prêchons l'Évangile auront beaucoup de mal à adopter une attitude adéquate  envers l'Église orthodoxe. Surtout, ils auront du mal à comprendre, et cela paraît logique, la différence entre l'enseignement de l'Église orthodoxe et ce qu'ils ont connu jusqu'à présent. Il leur faudra beaucoup de temps pour discerner la contribution de la Tradition orthodoxe, son rôle essentiel et son importance pour leur vie personnelle comme pour la vie de toute l'Église.

Frères, que le Saint-Esprit, nous conduise dans toute la Vérité.  Tenons-nous bien !

Par les prières de nos saints Pères, Seigneur Jésus-Christ notre Dieu, aie pitié de nous et sauve-nous. Amen.

  

Timothée

Évêque du Diocèse de Goma et Grand Kivu

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